Le vrai besoin des agriculteurs (et pourquoi on passe à côté)
- Fabian

- 9 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 nov. 2025
Le problème principal n'est pas un manque d’innovation, mais la complication économico-administrative du métier.

Récemment, je me suis demandé comment améliorer l'adéquation entre mon métier de conseil en aménagement agroécologique et les réalités des agriculteurs.
Ceci faisait suite à plusieurs missions de soutient auprès d'agriculteurs bio français sur la thématique de l'hydrologie régénérative.
Entre autres contacts directs, j'ai fait quelques recherches pour étendre ma vision, dont voici les éléments essentiels.
Je ne parle pas spécialement ici du bio, mais d'une situation globale.
Entre 2023 et 2025, presque tous les pays européens ont vu des mobilisations agricoles.
Les motifs variaient, mais les blocs étaient les mêmes :
prix
concurrence déloyale
coûts d’énergie et d’intrants
accumulation de normes environnementales
temps perdu en administratif.
Les réponses de la Commission européenne depuis 2024 confirment ce diagnostic : elle a priorisé la simplification de la PAC, l’allègement des contrôles et une meilleure rémunération des petits exploitants.
Autrement dit, le problème principal ne serait pas un manque “d’innovation”, mais la soutenabilité économique et administrative du métier.
Rien de nouveau sous le soleil, en somme.
Ce que disent les signaux 2023–2025
On peut dérouler quatre grandes catégories de freins :
La complexité est un coût
Les revenus sont insuffisants
Les règles/aides sont instables et pas toujours coordonnées
La traduction de la PAC en besoins opérationnels laisse à désirer
Avoir un revenu net prévisible
Un agriculteur peut tolérer de la complexité technique si son revenu est rendu plus stable. Le maintien de l’appui au revenu dans la PAC et les réflexions sur un meilleur ciblage vers les petites et moyennes exploitations. Sans ce socle, le reste est cosmétique.
Un revenu plus prévisible permet aussi de mieux déléguer.
Des règles stables et lisibles
Les blocages de 2024 sur les pesticides ou les règles nitrates ont montré que changer les règles sans horizon clair désorganise les fermes. C’est la raison pour laquelle l’UE a reculé sur certaines exigences du Green Deal agricole. Le besoin est donc: savoir à quoi s’en tenir 3 à 5 ans.
J'ai trouvé une anecdote intéressante : un allemand qui explique que les satellites scannent constamment les terrains et mettent à jour les superficies exploitables en permanence.
Un vrai casse-tête.
Ce qu’on leur vend trop souvent
Dans beaucoup de projets “verts” ou “innovants”, on propose:
un label de plus,
une collecte de données supplémentaire,
une technologie qui ne réduit pas les charges fixes,
une exigence paysagère déconnectée du travail quotidien.
Des facteurs de production sécurisés
Sécuriser les fonctions hydrologiques du site est un vrai atout pour les productions et la résilience future
Sur le 4è point ci-dessus, c'est ici que le métier d'agro-écologue et d'hydrologie régénérative peut intervenir
Quand l’eau est gérée à la parcelle (retenue, infiltration, circulation), quand les chemins sont lisibles, quand les zones sont fonctionnelles, la production devient réplicable.
Sécuriser les fonctions hydrologiques du site peut être un atout pour les productions et la résilience future (lire ici les réf sur le sujet de la FAO) - Référence qui traite des grands ensembles, à nous de les faciliter au niveau local.
Ce n'est pas le seul, mais c'en est un qui s'élance sur le long terme pour les générations actuelles et futures.
La FAO le rappelle dans son rapport 2023 : l’accès aux services et aux infrastructures [globales] est un levier majeur de résilience.

J'ai envie de m'avancer à affirmer qu'à l'échelle locale, de la parcelle ou même régionale, l'hydrologie régénérative et aménagement agro-paysager répondent au besoin de résilience, et donc à la la soutenabilité économique, pas [que] à un besoin esthétique.
Conclusion
Où se place réellement l’aménagement agro-hydrologique dans le cadre agricole de grande distribution / de grande échelle ?
Je pense qu'un design est “utile” s’il enlève une friction :
moins de ruissellement = parcelle exploitable plus tôt après pluie,
accès mieux pensé = moins de temps perdu,
stockage/distribution d’eau = sécurisation de la production fourragère ou maraîchère,
plan fonctionnel lisible = meilleure conformité PAC car les surfaces sont clairement définies par des aspects technico-morphologiques
On peut présenter l’aménagement régénératif non pas comme une sur-couche écologique, mais comme une mesure de sécurisation de la production qui va dans le sens de la PAC 2025 : compétitivité, résilience, simplification.
Sources et liens
Commission européenne : EU actions to address farmers’ concerns
Commission européenne : Commission simplifies Common Agricultural Policy to support farmers
Conseil de l’UE : Simplification: Council agrees position on simplifying the CAP
AP NEWS : Why European Union officials are taking angry farmers so seriously before Thursday’s summit
FAO (PDF) : Building Resilience To Watershed






Commentaires